Où sont passés les mousquetaires ?



Pour Gabriel.



« Il fallait voir cependant comme j’en décousais. Ah ! mon ami, on ne fait plus des assauts pareils aujourd’hui. »

D’Artagnan à Athos

Le premier est le doyen, respecté de tous pour son flegme et sa bienveillance. Chacun peut se tourner vers lui en cas de pépin. Il est de haute naissance et possède des terres dans le Berry. Il est membre de l’Ordre de la Jarretière, de l’Ordre du Saint-Esprit et de l’Ordre de la Toison d’or. Il est le calme, la raison, la sagesse et le conseil. Il sait former famille avec ses compagnons de route aussi bien qu’avec son fils ! Secret, il dévoile par instants les profondeurs de son cœur tout enrubanné de pudeur… Il est la retenue et le miel qui apaise.

Le second est l’Hercule, bourru mais brave, rude mais droit, caractériel mais fidèle. Il est sans délicatesse apparente et un peu vaniteux. Toujours prêt pour un gueuleton, il dévore tel un ogre. Bon vivant devant l’Éternel, il aime aussi les batailles et les duels. Il n’a peur de rien et donne tout à ses amis comme à ses ennemis ! Il est le premier à mourir, brutalement – aussi vite que ses coups d’épée ou que ses grandes gorgées de vin –, sous un rocher… Il est l’honnêteté et l’alcool qui enivre.

Le troisième est le chevalier, à cheval entre la vie religieuse et les intrigues. Il parle le latin pour nous faire perdre le nôtre. Il joue avec les codes, monte en grade dans les rangs des Jésuites et complote comme personne. Il est le comédien, le menteur, le romanesque. Il est celui qui ose défier le roi et convoiter sa place. Il sait qu’il faut viser haut pour arriver dans les hauteurs ! Des quatre, il sera le survivant qui perdra son âme en perdant ses amis… Il est la culture et le poivre qui pique.

Le quatrième est le jeune homme, celui qui apprend auprès des trois précédents. Il est gascon, malin, orgueilleux mais charmant. Il est la séduction de la jeunesse sans le savoir. Il est le courage de l’inconscience. Il est l’impertinence, la légèreté et la bravoure. Il séduit sa grande ennemie dans le noir sans jamais perdre de vue le bout de sa comédie. Il est en chemin pour la justice et l’honneur ! Il sait ce qu’il doit à ceux qui l’ont formé et n’oublie rien des aventures qu’il a traversées… Il est la force vitale de la mémoire et le sel qui relève.

Notre tout est un monde plein de courage et de batailles justes à mener, de panache, d’amitié et d’amour, de fidélité, de bons repas et de bons vins, d’éthique, de rires et de joie, de partage, d’éducation et de transmission, de symbolique, de sacré et de communion, de liberté. Notre tout est aussi un monde englouti, une Atlantide dont on ne trouve plus trace que dans les livres… Néanmoins, c’est une idée réconfortante, sous notre ciel qui gronde, de savoir qu’il nous suffit de s’y plonger pour y trouver tout ce qui fait béance dans nos vies d’aujourd’hui. Car, une fois immergés dans les pages pleines d’aventures, notre cœur battant le tambour et des larmes au coin des yeux, il est incontestable que les quatre et le tout existent. C’est une charade éternelle pour les grands et les petits, une charade éternelle à déchiffrer depuis son lit ou, aux beaux jours, depuis une chaise verte du Jardin du Luxembourg.




Bibliographie

Les Trois Mousquetaires, d’Alexandre Dumas (1844)

Vingt Ans après, d’Alexandre Dumas (1945)

Le Vicomte de Bragelonne ou Dix Ans plus tard, d’Alexandre Dumas (1847-1850)


Illustration

Photographie personnelle - Jardin du Luxembourg à Paris, 11 juillet 2020.




Copyright © 2020 Justine Gossart, tous droits réservés.

Copyright © 2020 Justine Gossart, tous droits réservés
Monogramme - Copyright © 2020 Harmony Voru-Igolen, tous droits réservés