Au boxon des expressions




Quand on a appris à écouter, malédiction ! on ne peut plus revenir en arrière. Les mots nous sautent aux oreilles, n’importe où et n’importe quand. Même quand on est en vacances, loin de chez nous et loin du travail. J’ai noté pendant l’été toutes les expressions déformées, abîmées et réinventées que j’ai entendues malgré moi et, pour cette rentrée, j’ai décidé d’en faire une petite histoire. Que les plus joueurs s’amusent à corriger et à rétablir la bonne marche du langage et du symbolique ; que les plus désespérés passent leur chemin s’ils ont déjà le cœur gros – après tout, certains ont bien largement leur dose d’ex-pressions.



Il faut savoir garder la tête de marbre. Et la disparition des liens de convergence ne doit pas nous empêcher de tirer le rideau sur cette période. Bien sûr, nous avons tous la larme aux yeux alors qu’il y a deux ans à peine, nous avions la vie à pleines dents ! Sale revers de bâton… Nous n’avons plus la main prise sur la situation alors nous montrons au créneau et nous montons sur nos grands cheveux. C’est la cerise sur le pompon ! Rester cloisonnés jusqu’à arriver à la barrière de non-retour. Comment reprendre de l’avant ? Comment retrouver pied et réussir à s’appâter de nouveau la sympathie des gens ? Nous ne sommes plus des enfants de bas-âge et pourtant on nous réquisitionne à la maison. Nous avons néanmoins beaucoup énormément baissé les bras. Nous nous sommes laissés pour cause et nous sommes sur le choc. Nous n’avons aucune emprise sur ce qu’il se passe. Impossible maintenant de remercier ce monde au fin fond du cœur même si nous ne sommes pas avardes en compliments. C’est pas une mince à le dire… Pour que nous soyons capables de surpasser le traumatisme, il faudrait des projets menés à bout ou poussés à bien et un récit qui nous prenne en haleine. Il faudrait rentrer dans les rangs alors qu’il ne faut pas mélanger tous les gens dans le même panier ! A cette seule idée, nous en tombons de nu.


Nous verrouillons de toutes les parts mais l’amour peut abattre des montagnes ! Ce n’est pas punissable de la loi. C’est simplement quelque chose qui nous tend vers la vérité. Nous pourrions découvrir ainsi tous nos acromes crochus. L’amour n’est pas notre tendon d’Achille : les gens commencent à être saturés ! Nous devons tenir le haut du pavé et rester en première ligne de mire. Nous devons nous vocaliser sur quelque chose de beau pour avoir des cœurs comblés d’une affection. Nous ne devons plus enfermer la porte aux sentiments. Nous devons baisser nos gardes pour nous attirer mutuellement vers le haut. L'esprit arrive à occuler les mauvaises choses : oubliés, les échaffourrés et les salles d’interrogation ! Ne plus venir aux mains et arrêter de mettre notre grain de sel dans le rouage ! Nous sommes de véritables mines à retardement. Et le dernier qui nous imposera ses folies, il n’est pas né !...


Nous ne laisserons plus désormais notre vie en parenthèse. Plus personne ne nous coupera l’herbe sur le pied. Coûte que coûte, nous continuerons à échanger sur le biais des réseaux sociaux. Ou bien, en solitaire, chacun chez soi, nous rejoindrons nos menâtes grâce à une rembarre d’escalier, tous gentiment enveloppés dans un peignoir saillant qui nous permettra de chialer comme des baleines sans être vus.




Illustration

KP'ERIOUM, Poème optophonétique, de Raoul HAUSMANN (1918)




Copyright © 2021 Justine Gossart, tous droits réservés.