La lanterne de Marlene



Pour Théo.



« Le goût de la vie se trouve aussi dans la strophe la plus banale d'une chanson. »

Goliarda Sapienza



Une légende raconte que Hans Leip, l’auteur du poème qui a inspiré la chanson Lili Marlene, serait tombé éperdument amoureux de Lilly Freud, la sœur de Sigmund. Devenue Mme Marlé, elle aurait raconté toute sa vie être la « Lilly Marlé » du poème et que c’est son nom qui aurait été transformé en « Lili Marlene » dans la chanson. Légende véridique ou un peu mensongère, il n’en reste pas moins que cette petite ballade est un bijou. Comme ceux qui ornaient les doigts et paraient le cou de sa plus célèbre interprète.


D’ordinaire, le mois de décembre est le mois où les lanternes assaillent les rues et les imaginaires. D’ordinaire, nous sommes dehors et ça sent le feu de bois. D’ordinaire, ça sonne Lili Marlene... Dans le lointain, lorsque finit le jour, la voix de Dietrich en forme de ritournelle… Rauque, suave, désespérée, profonde et pleine de regrets, elle s’approche tranquillement pour venir nous réchauffer. Une chanson douce et entraînante, cafardeuse et pleine d’amour, nous apporte en cadeau une joie bigarrée, teintée d’une mélancolie qui vient de loin. Une mélancolie qui nous parle encore tant… Oui, une ritournelle. La ritournelle de la lanterne.


Aux premières notes de l'accordéon, quand le jour s’enfuit, on sait que le gaz sort de son bec. On le sent presque. On ne se trouve plus sous le blafard trivial d’un lampadaire isolé, partout et n’importe où. Parce que le bec de gaz de la lanterne dont nous parlons ici, au cœur de la chanson, est celui qui nous éclaire du dedans. Il nous suffit de le laisser ouvert pour que ça luise ; et c’est bien quand on prend le risque de laisser luire de l’intérieur que l’on cesse de lanterner précisément. Tout devient alors possible. Hors du monde, malgré le monde et pour le monde. Laissons ainsi sur le côté le couvre-feu abattre les moins lumineux et laissons-nous éclairer par la lanterne de Marlene : nous la contenons tous. À la tombée des jours, dans le crépuscule des peines, laissons-la se déployer pour nous offrir une réelle sensation de renouveau loin du mercantile et loin du chagrin des nuits sombres. Partons loin, dans le sillon des sentiments, remplis d’espoir, en suivant la cadence de ces quelques notes, pour fêter absolument cette fin d’année qui nous a nargués trop longtemps.




Bibliographie

Chanson Lili Marleen ou Lily Marlene, écrite d'après le poème de Hans Leip (écrit en 1915 et publié en 1937)

Lili Marleen, L'incroyable histoire de la plus belle chanson d'amour, de Jean-Pierre Guéno (2012)


Filmographie

Lili Marleen, film de Rainer Werner Fassbinder (1981)


Lili Marlene, chanté par Marlene Dietrich (1944)



Illustration

Carnation, Lily, Lily, Rose, de John Singer Sargent (1885–1886)




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